A l’automne 2008, certaines déclarations pouvaient laisser croire que les politiques feraient preuve de solidarité, de clairvoyance et de responsabilité. Que cette crise aurait à long terme, et par leurs actions concertées, des conséquences très positives pour le bien-être de l’humanité et de la planète. Dans l’histoire individuelle et collective, rares sont les moments où de réelles opportunités de changement se présentent.
Et pourtant, rien n’a été fait. Après un premier choc global qui aurait pu servir d’avertissement, les conditions d’une crise durable ont été mises en place. En effet, peut-on raisonnablement espérer résoudre une crise du surendettement (public et privé) par des « plans de relance » entraînant un hyper-endettement, supporté à terme par tous les contribuables ? Par le soutien ruineux d’entreprises sans perspectives d’avenir ? Par l’incitation à consommer en masse des produits qui ne répondent pas à de réels besoins ? Au-delà de la crise financière et économique, nous vivons aussi une crise des valeurs, dans une société qui valorise encore les excès et la spéculation.
Il est probable que ce système à la dérive implose d’une manière ou d’une autre au cours des prochains mois et années. Nous pouvons souhaiter que, sous la contrainte, soient alors établies les fondations d’un autre monde, comme suggéré par le prix Nobel Joseph E. Stiglitz.
Voici ce qu’écrivait John Kenneth Galbraith à propos de l’année 1930, dans son chef d’œuvre d’histoire économique publié en 1954 (« La crise économique de 1929 »). Les positions de la Harvard Economic Society ressemblent étrangement aux propos tenus cette année par nombre d’analystes, économistes et politiques…
« La Harvard Economic Society, on s’en souvient, s’était acquis jusqu’à l’été de la catastrophe une bonne réputation de pessimisme. Elle abandonna cette position durant l’été, lorsque la Bourse continua de monter et que les affaires semblaient bonnes.
Le 2 novembre, après la catastrophe, la société conclut que « la récession actuelle, à la fois des actions et des affaires, n’est pas le précurseur d’une crise des affaires ». Le 10 novembre, elle déclara de manière remarquable qu’une « crise grave comme celle de 1920-1921 est en dehors de toute probabilité ». Elle répéta son jugement le 23 novembre et, le 21 décembre, elle formula ses prédictions pour la nouvelle année : « Une crise semble improbable ; nous espérons une reprise des affaires pour le printemps prochain, avec une nouvelle amélioration à l’automne ».
Le 18 janvier 1930, la société annonça : « Des indications existent selon laquelle la phase la plus grave de la crise est terminée » ; le 1er mars : « À en juger d’après des périodes antérieures de contraction, l’activité des usines est maintenant définitivement sur la route de la guérison » ; le 22 mars : « la perspective continue d’être favorable » ; le 29 mars : « la perspective paraît favorable » ; vers mai ou juin, la reprise du printemps prédite dans nos lettres de décembre et novembre derniers devrait être clairement apparente » ; le 17 mai : « les affaires prendront un virage favorable, ce mois-ci ou le mois prochain, reprendront vigoureusement au troisième trimestre et termineront l’année à des niveaux nettement supérieurs à la normale » ; le 24 mai, la société suggéra que les conditions « continuent de justifier les prédictions du 17 mai ; le 21 juin : « malgré les irrégularités existantes, il y aura bientôt une amélioration » ; le 28 juin. Elle déclara que « les mouvements irréguliers et conflictuels des affaires devraient bientôt faire place à une guérison soutenue » ; le 19 juillet, elle indiqua que « des éléments fâcheux sont intervenus pour retarder la guérison, mais les faits indiquent néanmoins une amélioration substantielle » ; le 30 août 1930, la société déclara que « la crise actuelle avait perdu de sa force ».
Par la suite, la société se montra moins optimiste. Le 15 novembre 1930, elle déclara : « Nous sommes maintenant à la fin de la phase déclinante de la crise ». Un an plus tard, le 31 octobre 1931, elle disait : « Une stabilisation aux niveaux actuels est nettement possible ». Même ces dernières prédictions étaient par trop optimistes. Peu après, sa réputation d’infaillibilité plutôt éteinte, la société se saborda. »